Bar and Books

August 11, 2008

L’odeur de Cigare n’était pas aussi saisissante que je m’y attendais. En rentrant dans le bar, point de nuage lourd plein de cendre pour nous accueillir. Tout juste une odeur chaleureuse: boisée mais fraiche. La climatisation rend l’air frais et du même coup, rend l’endroit respirable. Le lieu est quasiment plein et nous nous dirigeons directement vers le bar, ou deux sièges confortables semblent avoir discuté d’histoire de chaises toute l’après-midi en nous attendant. Il est 6:30, dans le Meat Packing, et J. m’a amené dans un bar à Cigare de sa connaissance.

Pas fan de Cigare, c’est la sélection de whisky qui m’attire dans cet endroit. Et en effet, les bouteilles sont nombreuses et variées. Du Lagavulin quasi-translucide au bourbon ambré, quasi brun, ils sont tous la. Plus ou moins âgés, plus ou moins boisés, fort, tourbés.

La lumière de l’endroit, tamisée, se fait très jolie lorsqu’elle traverse les bouteilles, complimentant les caractéristiques gustatives de chacun d’entre eux par des réflexions, réfractions et couleurs particulières. Cette clarté diffuse a par contre du mal à éclairer le haut des étagères remplis de livres dont les tranches cherchent à témoigner d’une certaine recherche dans la collection. Dorés, bruns ou verts, ces livres ne sont pas la par hasard: D’abord, le style: Semblant inviter les clients à emprunter l’un d’entre eux et parcourir les écrits de grands écrivains américains, européens ou russes, criant a quel point on est bien dans cet endroit cosy. Ensuite, leur nombre, feutre l’ambiance. Les bruits provenant du bar, des clients et de la musique sont absorbés par les milliers de pages pressées les unes contre les autres, entrecoupées de couvertures en carton d’antan. Chacune de ces pages, collectivement, absorbe un peu de l’histoire du bar. Comme si les sons de la discussion que j’ai avec J. enrichissaient les écrits de Tolstoï, Hemingway, Capote et Steinbeck, les saupoudrant d’instantanés de bar et de contemporain.

Un autre endroit a New York: McSorley’s en est le plus vieux bar. En fait de Bar, plus une taverne. On sent l’histoire du lieu quand on y est et y apprécie ses bières. Bar And Books Hudson, le bar à Cigares et Whisky, cherche également à se construire une histoire, mais le tout est un peu trop artificiel. Dans quelques décennies, peut-être, nos petits-enfants seront dans cette même pièce, et retrouveront l’authenticité du vieux et de l’histoire dans le feutrage littéraire des mêmes livres sur lesquelles mon regard vagabonde aujourd’hui.

Maintenant confortablement assis au bar, j’observe la clientèle environnante. Je m’attendais à trouver des brokers bruyants braillant au téléphone toute la journée et venant se chambrer et rire trop fort toute la soirée dans le bar le plus classe et le plus cher qu’ils puissent trouver. Mais ils n’étaient pas la ce soir. A la place, des clients appréciant visiblement leurs cigares et alcools en tout genre. Peu buvaient du whisky, certains étant clairement venus pour fumer une cigarette dans un bar, chose interdite depuis quelques années maintenant. Vue surprenante que celle de ce groupe de femmes, dans les fauteuils présument confortables à dossier haut du fond du bar, tirant sur des cigares plus larges que mes pouces. Parsemant le bar, des hommes seuls, plus ou moins vieux, eux aussi appréciant leur cigare, lisant pour certains, s’imprégnant simplement du décor et de l’ambiance pour d’autres.

Le barman semble user de son expérience quand il tend à J. le menu des cigares, et a moi, le menu des whiskys. Je dois avoir une tète d’alcoolique. C’est surprenant, j’aurais juré que je ressemblais à un fumeur de cigare. Mon choix est vite fait: Un Balvenie 21 ans d’âge. Single Malt dont la bouteille vaut $150 en magasin, mais dont le prix au verre est ici raisonnable. J. choisit également son cigare. Je suis incapable de dire de quel type il s’agissait. Il était en tout cas généreux, large, surement très confortable en main. Tel un gros stylo Mont-Blanc produit une écriture chaude, généreuse et fluide, ce cigare projetait des images de fumée large et intense, suivant le rythme du courant d’air a sa propre manière, par opposition a une frêle Marlboro d’adolescent qui se laisserait consumer par les appels d’air environnants, virevoltant sans personnalité.

J. accompagne son cigare d’un verre de vin. Nous trinquons. Nous parlons. J’apprécie toute la technique nécessaire dans l’humectage, le coupage et l’allumage du prolongement végétal sans vie de la main gauche de mon interlocuteur. Il me parle de son historique de fumeur de cigare, familialement cultive depuis tout jeune. Les trois parties de son cigare se consument durant notre discussion. Trois parties aux gouts différents dans un cigare !? Je crois que je n’ai jamais fini la première partie d’un barreau, nauséeux et dégouté avant le premier tiers.

Nous faisons un bout de chemin en direction de la station de métro, et nous séparons. J’arrive a la bonne seconde pour sauter dans le train en direction de Hoboken, et repense à cette page d’histoire sans prétention de Bar And Books que J. et moi avons imprimé très subtilement de nos voix sur chacun des livres des étagères-tapisseries.

One Response to “Bar and Books”

  1.   xav said:

    Nous pouvons visiter ce bar en lisant ces lignes.
    C’est une jolie description des instants passés dans ce bar, de ce que tu en as retenu.
    Cela semble avoir été fait avec justesse.
    Je suis impressionné.

    Tu t’es certainement lancé dans quelque chose de plus long. Si tu as besoin d’un avis, d’un regard de lecteur, n’hésites pas !

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